Au pied du château troglodyte de la Roche-Guyon, dans le département du Val-d'Oise, se niche un grand potager et fruitier, labellisé Jardin remarquable. Inscrit dans un méandre de la Seine, le Château de la Roche-Guyon cristallise mille ans d’histoire dans ses pierres. Depuis le panorama du château de la Roche-Guyon, c'est la première chose que l'on aperçoit : les allées géométriques du potager-fruitier et ses arbres très verts, implantés en bord de Seine. Implanté au bord du fleuve, le Potager-fruitier s'offre à la vue depuis les salons d'apparat du château.

Histoire et renaissance d'un site d'exception
Créé en 1697, le potager-fruitier a été réaménagé au début du XVIIIe siècle. Dès lors il fut exploité de manière très différente, et après la Première Guerre mondiale, il est géré par une famille de maraîchers indépendants, les Bertheaume, jusqu’au milieu des années 1950. Il est abandonné et tombe dans l’oubli pendant près d’un demi-siècle. En 2004, il est restitué dans son tracé de 1741. En 2004, ce potager-fruitier de 3,5 hectares fut restauré dans son tracé d'origine, selon les plans de 1741. Le Potager-fruitier comprend 4 grands carrés composés chacun de 8 triangles, soit 32 parcelles autour desquelles sont cultivés 675 arbres fruitiers : poiriers, pommiers, pêchers, pruniers… ainsi que des plantes potagères et aromatiques.
Reconnu comme étant le plus grand potager d'Île-de-France - après le Potager du Roi de Versailles, il va sans dire - le potager de la Roche Guyon compte pas moins de 675 arbres fruitiers ! Pommiers, pruniers, pêchers, pruniers mais aussi plantes aromatiques et autres espèces potagères y sont cultivées. Peint par Hubert Robert et Georges Braque, le château de La Roche-Guyon et son Potager-fruitier, labellisé Jardin remarquable, offrent, entre la falaise de craie et la Seine, un écrin paysager d’exception à l’une des fêtes des plantes les plus emblématiques aux portes de Paris.
Une gestion tournée vers l'agriculture biologique et la biodiversité
Le Potager-fruitier du Château de La Roche-Guyon dans le Val-d'Oise (95), lieu de transmission de valeurs, de savoirs et de compétences, tente de conjuguer patrimoine et écologie. Après avoir retrouvé en 2004 son dessin d’origine du XVIIIe siècle, des méthodes appliquées de cultures 100% naturelles depuis 2007 ont permis au Potager-fruitier d’obtenir la certification ”AB” (Agriculture Biologique) accordée par ECOCERT pour l’ensemble de sa production. Pour le plus grand bien de tous, l’utilisation de produits chimiques de synthèse a été totalement abandonnée sur l’ensemble du domaine à partir de 2007.
Depuis 2011, le jardin est également classé aux Jardins remarquables par le ministère de la Culture. Unique commune d’Île-de-France labellisée « Plus beaux villages de France », La Roche-Guyon est implantée dans le Parc naturel régional du Vexin français et classée site Natura 2000. Son projet permet de retrouver la vocation première du Potager-fruitier expérimental, à savoir des tentatives d’acclimatation de plantes en provenance des Amériques comme la pomme de terre par exemple, tout en conjuguant patrimoine, écologie et enracinement social. La mise en culture du Potager-fruitier permet au Château de proposer aux visiteurs une large gamme de produits cultivés sans aucun traitement chimique de synthèse : jus de pomme/poire, confitures et compotes, soupes etc.
Association EQUALIS - Jardin maraicher BIO Conflans et Potager Fruitier de la Roche GUYON
Organisation et expérimentations au sein des carrés
Deux bosquets protègent des vents d'est et d'ouest ses quatre carrés à huit pétales triangulaires, qui s'ordonnent autour de bassins ronds. "L'esprit du lieu m'a séduit dès mon arrivée. Les jeux de la lumière sur l'eau du fleuve et la craie blanche des façades, la raideur de la falaise et l’exubérance végétale du jardin anglais…" (Jean-Luc Bource, ancien chef jardinier du potager-fruitier du château de la Roche-Guyon).
Le carré des « plantes utiles » regroupe les herbes pour soigner les plantes ou les personnes, pour parfumer, pour fabriquer des couleurs, pour produire des fibres textiles. Indispensables, les plantes aromatiques sont utiles en cuisine, en médecine et au jardin ! Leur floraison assure la nourriture de nombreux insectes butineurs. On y trouve également la culture de légumes vivaces comme la bette à tondre, l'oseille-épinard, l'oignon rocambole ou le poireau perpétuel, qui repoussent chaque année. Des « Pommes de terre en mission » y sont cultivées : en plus de produire de quoi faire des frites, leur culture assure le travail du sol. Le lin semé entre les rangs est réputé pour protéger les pommes de terre des doryphores. Le carré inclut aussi des plantes textiles et tinctoriales : lin pour ses fibres, chanvre pour ses fibres ou graines très protéinées (cette variété ne fait aucun des effets produit par le chanvre indien), réséda pour le jaune, pastel des teinturiers pour le bleu indigo, et garance pour le rouge.

Le carré des cultures paysannes accueille un début de collection semée en lignes avec 24 variétés de blés anciens ou de pays et deux variétés d'orges. Parmi les blés, on compte l'engrain ou petit épeautre, le blé Amidonnier, le blé du Banat, le blé Colorado de Soria, le blé Auguste Tézier, le blé Rousselin, le blé Eppweizen, le blé de Perse, les Touselles du mas Mayan, le blé Poulard d'Auvergne, le blé du Lot, le blé Oulianovska, le blé Shireff, Alauda, le blé de Calabre, le blé Crépi, le blé Cordéal de Soria, le blé de Mars, et des mélanges de Pétanielle blanche et noire de Nice. Les variétés de terroir, obtenues par un travail de sélection des semences effectué par les agriculteurs et les jardiniers, sont cultivables sans avoir recours à la chimie moderne. Il est urgent de redécouvrir, faire connaître et partager les semences paysannes. A la portée de tous et gratuites, elles permettent aux jardiniers d'accéder à l'autonomie.
Le carré des cultures potagères associées illustre la rotation des cultures. En 2013, les légumes ont pris place dans le carré cultivé en céréales en 2012. En hiver, pour protéger la terre et nourrir le sol, les parcelles ont été recouvertes de divers paillages élaborés à base de paille ou de feuilles mortes. Installés par affinités, légumes et fleurs se marient et s'entraident. Certaines plantes vont aider leur voisine, en fixant l'azote de l'air dans le sol, grâce à une bactérie nommée rhizobium qui vit en symbiose dans la racine de plantes (fèves, haricots de la famille des fabacées). L'observation de la nature, où la diversité prime sur la monotonie, est donc une source d'inspiration pour les jardiniers.
Le carré des petits fruits et des paillages comprend des vignes avec différentes variétés de raisins, une collection de kiwis, des groseilles, du cassis, des fraisiers et des framboisiers, souvent cultivés sur broyat de branchages. Le broyat de branchage préserve l'humidité et améliore la vie du sol. Des arbustes à petits fruits sauvages entrent également dans la composition des haies champêtres.
Informations pratiques pour le visiteur
La visite du potager-fruitier est entièrement gratuite et ouverte à tous : le lieu est ouvert tous les jours, de 10h à 17h. En haute saison, les légumes sont en vente au Potager-fruitier (Informations auprès de l’accueil du château). Pour vous rendre sur place en transports en commun (l'itinéraire en voiture sera plus rapide), il est possible d'emprunter la ligne J du Transilien à destination de Mantes-la-Jolie (vous descendez à Mantes-la-Jolie) puis le bus 95-11 (en direction de Place du 19 mars 1962, arrêt Mairie). L'accès est libre et gratuit sur les dates et horaires d'ouverture du château. Plus grand potager d’Île-de-France après celui du Roi à Versailles, le Potager-fruitier du Château retrouve une place centrale au sein de ce nouveau rendez-vous, qui met à l’honneur le savoir-faire des pépiniéristes producteurs et des jardiniers du Château, tout en valorisant la biodiversité et les enjeux de développement durable.