
Dans un monde où la nature est de plus en plus malmenée, un simple geste peut faire toute la différence : laisser pousser sa pelouse. Loin d'être une négligence, cette approche, popularisée notamment par le mouvement "No Mow May", offre une multitude de bienfaits pour la biodiversité, la santé de votre sol et même votre quotidien. Il s'agit de repenser notre rapport à la "pelouse parfaite" et d'embrasser une vision plus sauvage, plus vivante et plus riche de notre jardin.
Un écosystème en pleine effervescence sous nos pieds
Lorsque l’on sort la tondeuse, c’est tout un milieu de vie qui s’appauvrit. Une pelouse, vue de loin, peut paraître uniforme. Vue de près, c'est une petite ville, un écosystème complexe et fragile. Ne pas la tondre préserve ce milieu de vie et permet à de nombreux petits animaux de ne pas être tués.

Le refuge des insectes et des pollinisateurs
Les fleurs vivant au ras du sol comme les pâquerettes, les trèfles, les pissenlits sont autant de ressources pour les pollinisateurs. Éviter de les couper rend possible la reproduction des plantes grâce aux insectes pollinisateurs. On voit réapparaître des espèces sauvages et endémiques adaptées au territoire. Une pelouse qu’on laisse tranquille quelques semaines se transforme en garde-manger pour les abeilles, les bourdons et d’autres pollinisateurs qui viennent chercher du pollen.
Un grand nombre de petits animaux vivent dans votre pelouse ! C’est le cas d’un bon nombre d’escargots, de petits insectes comme les mantes, les phasmes ou les coléoptères. La faune y foisonne, c'est une véritable jungle en miniature ! Sur une pelouse rasée en revanche, on est plutôt dans un désert de biodiversité.
La chaîne alimentaire préservée
Par incidence, laisser pousser sa pelouse permet aussi aux oiseaux de trouver de petites proies pour se nourrir. Sans ces insectes comme ressources, ils déserteront nos régions. Les oiseaux ou les petits rongeurs vont ainsi trouver de quoi manger.
Tonte différenciée : une pelouse naturelle au service de la biodiversité - Truffaut
Une pelouse plus vigoureuse et un sol protégé
Laisser pousser votre pelouse apportera d’autres bienfaits à votre sol : les brins d’herbes seront plus vigoureux et en meilleure santé. Une herbe un peu plus haute protège aussi mieux le sol. Elle limite l’exposition directe au soleil, conserve davantage l’humidité et aide la pelouse à rester plus verte quand les températures commencent à grimper. Cela permet également à ses plantes de vivre un cycle de vie naturel loin de l’intervention humaine : elles poussent, fleurissent et donnent ainsi des graines.
Dès que l'été arrive, on tond plus haut et de toute façon, jamais plus bas que cinq centimètres. Sinon l'herbe va avoir soif. Plus on coupe l'herbe, plus elle va être sèche ! Au lieu de couper l'herbe dès qu'elle est un peu haute, il est préférable de la tondre de temps en temps, et surtout pas trop court !
Le mouvement "No Mow May" : Une invitation à ralentir
Depuis 2019, le mouvement « No Mow May », né au Royaume-Uni, invite les particuliers à remettre la tonte à plus tard. Une pratique qui s’impose de plus en plus en France, de quoi ravir les papillons et autres insectes de nos jardins ! En avril, tout redémarre. Le sol se réchauffe, les tiges se redressent, les premières fleurs sauvages s’installent, et le jardin reprend doucement son souffle après l’hiver. Ce n’est pas spectaculaire comme un massif de pivoines en juin, mais c’est un moment crucial.
Le sujet n’a d’ailleurs plus rien d’anecdotique. Loin d'être une démarche radicale, la volonté est plutôt de proposer une autre alternative. Il ne s'agit pas de ne plus tondre du tout !, mais de ne pas tondre tout le temps et seulement à certains endroits.
Adopter une tonte différenciée pour un jardin harmonieux
S’il est préférable d’éviter des tontes très récurrentes et sur la totalité du jardin, laissez une chance à la biodiversité en ne tondant qu’un petit espace de votre terrain ou en choisissant bien vos périodes. Vous pouvez également laisser une zone en jachère et tondre le reste de l’espace. Cette tonte différenciée permettra malgré tout de conserver une petite réserve naturelle sans intervention humaine à la faveur de la vie du sol et des oiseaux.

Le principe est simple : on tond uniquement les zones utiles au quotidien, et on laisse une partie plus tranquille dans un coin moins fréquenté du jardin. Le résultat est souvent étonnant. D’un côté, on conserve un espace pratique et soigné. De l’autre, on offre un refuge à toute une vie discrète qui n’attendait qu’un peu de calme pour s’installer. Les espaces où l'on mange, où les enfants jouent, ont besoin d'être tondus afin de pouvoir être occupés. Les axes de circulation demandent aussi un entretien régulier pour faciliter les trajets à l'extérieur.
Structurer son jardin avec l'herbe haute
Avant d'attraper sa tondeuse, il est nécessaire de prendre un peu de recul en s'interrogeant sur ses besoins. Il est possible de distinguer deux univers dans un espace extérieur. Le jardin d'agrément où les enfants jouent, où il y a les balançoires et les allées, là où l'on mange. On ne se pose même pas la question, on tond afin de pouvoir y aller. Par contre, dans le reste du jardin, on peut s'interroger sur la pertinence de tout couper. Les herbes hautes s'invitent naturellement en bordure, sur le fond du jardin ou dans les espaces laissés où l'on se rend ponctuellement.
Au lieu de voir son jardin comme un simple terrain plat, on peut imaginer plusieurs recoins en jouant avec les herbes hautes et en alternant espace sauvage, espace tondu. On peut tondre des chemins vers un verger ou des arbres fruitiers, créer un labyrinthe pour les enfants, imaginer un lieu bucolique caché au milieu des herbes hautes avec deux chaises, etc.

Le printemps : une période cruciale à respecter
Il est primordial d’éviter de tondre au printemps. Il s’agit d’une période cruciale dans le cycle de vie des plantes de votre jardin : les floraisons sont essentielles aux pollinisateurs et aux reproductions des végétaux. Ne pas tondre en avril, ce n’est pas “laisser aller”. Quand on laisse les plantes fleurir, les plantes monter à graine, on voit la faune qui revient, les papillons, les insectes, les petits rongeurs.
On ne tond pas au printemps où il y a toutes les fleurs. Il ne faut pas tondre en plein été où l'on expose l'herbe à la chaleur, elle serait d'autant plus sensible, et pas l'hiver non plus car l'herbe est un refuge pour les animaux. On peut faire une fauche tardive, une fois que les fleurs du printemps sont égrainées et qu'elles ont servi pour les butineurs. En juillet, par exemple, ou à la fin de l'été en septembre.
Astuces pour un jardin "nature"
Pour un plus grand respect de la biodiversité et éviter d'éliminer un grand nombre d'insectes en tondant sa pelouse : le sens de la tonte est important ! Dans un grand jardin, quand on coupe les herbes hautes, on tond du centre vers la périphérie pour que la faune puisse s'échapper. En entendant le bruit de la machine, elle va se rabattre au centre.
Gérer les tontes et les déchets
Quand l'herbe est vraiment haute, on commence à la couper avec une débroussailleuse, et on peaufine à la tondeuse (jamais trop court). Si c'est un petit jardin, on peut très bien le faire avec une cisaille.
Lors de vos fauchages à la fin de l’été, ne jetez pas l’herbe coupée ! Celle-ci sera très utile lors de la création de votre compost, ou encore pour protéger votre potager, vos fleurs ou vos arbustes.
Faut-il ramasser l'herbe coupée ou la laisser au sol ?
Cela dépend de votre pelouse, de votre tondeuse et de vos préférences ! Aujourd’hui, de nombreux modèles de tondeuses à gazon sont équipés d’une fonction mulching. C’est le fait de fermer le conduit qui emmène le gazon dans le panier. Par le courant d’air causé par la rotation des lames, le gazon va être recoupé une deuxième fois, cela va faire de tout petits morceaux qui vont rester dans le gazon et qui vont pouvoir être laissés sur place.

Le mulching conserve les éléments nutritifs du gazon car c’est de la matière organique, de l’eau et des éléments minéraux. Mais cela suggère une tonte fréquente. Si l’on laisse l’herbe au sol avec une tondeuse classique qui n’a pas la fonction mulching, cette herbe va se décomposer rapidement car les brins sont hachés. La fertilisation de votre pelouse sera déjà semi-effectuée. Ces déchets de tonte laissés au sol protègent le sol et les racines du gazon de la sécheresse. Cette pratique du mulching, associée à une tonte haute en été, est très bénéfique pour toute la faune qui vit dans le sol. Vous gagnez du temps et le travail de tonte est moins fatiguant.
Les inconvénients : Dans certaines conditions, l’herbe laissée au sol peut former un feutre qui va étouffer les graminées qui composent le gazon car il empêche air et eau de passer. Cela peut se produire en cas de tonte d’une herbe mouillée, et quand la tondeuse n’est pas équipée de la fonction mulching. Avec une tonte haute, l’aspect n’est pas très esthétique car l’herbe hachée reste souvent en surface.
Avantages et inconvénients de ramasser l'herbe coupée
Les avantages : Le résultat est plus propre et net au niveau esthétique. Pas de formation de feutre. Cette couche épaisse se forme avec l’herbe coupée laissée au sol et empêche l’air et l’eau d’accéder au sol. Il y a moins de risques de contamination. Laisser au sol des brins d’une herbe malade peut permettre à la maladie de s’étendre. Il y a moins de risques de semis spontanés d’éventuelles adventices au stade de graines au moment de la tonte.
Les inconvénients : Appauvrissement du sol. L’herbe coupée est riche en nutriments, ne pas la laisser au sol va entraîner de plus gros besoins en fertilisants. Plus de temps de travail et d’efforts si vous devez ramasser l’herbe au sol ou si vous devez aller vider le bac de ramassage plusieurs fois au cours de la tonte.
Que faire de l'herbe coupée si on la ramasse ?
- Au compost : L’herbe coupée fait partie des matières vertes à mettre au compost. Elle est riche en eau et en azote et va donc faciliter la décomposition des matières brunes carbonées (branches, feuilles).
- En paillis : Un paillis composé d’herbe coupée va protéger le sol et les racines de la chaleur, de la sécheresse et des changements brusques de température, limiter le développement d’adventices et contribuer à nourrir le sol en se décomposant. Il est par contre conseillé de laisser l’herbe sécher avant de la mettre au pied de vos plantes et de n’en faire qu’une couche fine, à renouveler.
- Au bac de compostage local ou à la déchetterie : Cela représente du travail supplémentaire et consomme du carburant, mais c’est très utile pour une surface importante à tondre et donc un gros volume d’herbe.
Au-delà de la tonte : Autres gestes pour une pelouse saine et diversifiée
Pour obtenir une belle pelouse, il y a des règles à respecter et des erreurs à éviter. Le premier piège est de tondre trop court. Lorsque l’on tond trop court, on diminue la concurrence du gazon par rapport à la végétation spontanée, comme les pissenlits, les chardons et le plantain. La lumière va arriver jusqu’au sol et ne vont pas uniquement pousser les graines que l’on aura semées. Plus on tond haut, aux alentours de 6 cm, plus on réduit la croissance des adventices, les mauvaises herbes.
Lorsqu’on vient de refaire une pelouse, il faut bien laisser le gazon s’implanter et surtout ne pas tondre trop court lors de la première tonte. On peut tondre à 7 ou 8 cm. Il faut éviter de trop laisser pousser l’herbe. Si on tond une herbe trop haute, on a tendance à rencontrer des difficultés avec la tondeuse. Un écueil consisterait à laisser passer trop de temps entre deux tontes. On a tendance à avoir la machine qui va bourrer. Il ne faut pas non plus tondre sous la pluie ou après la pluie.
Il est recommandé de ne jamais tondre plus d’un tiers de la hauteur du gazon en même temps. En été, la hauteur idéale se situe entre 4 et 5 centimètres, voire 6 centimètres en période de sécheresse. Au printemps, la bonne fréquence de tonte est d’une fois par semaine, mais en été et en automne réduisez cette fréquence d’au moins la moitié.
L'entretien réfléchi de la pelouse
- Arroser en profondeur quand il faut : Arroser copieusement mais moins souvent, pour encourager les racines à pousser en profondeur, plutôt le matin ou le soir.
- Une bonne fertilisation : C’est au début du printemps et en automne que l’on fertilise le gazon, avec du compost ou un engrais riche en azote - si l’on ne laisse pas l’herbe coupée au sol ! Il est conseillé de ne pas mettre d’engrais dans le gazon à moins de vouloir obtenir un green de golf. Ce sont des choses à proscrire car la manière dont c’est fabriqué est polluante. Quitte à fertiliser le terrain, on peut utiliser des engrais organo-minéraux. Ils sont souvent utilisés dans l’agriculture biologique.
- Aérer et scarifier : Chaussures à pointes ou fourche, l’aération du sol permet de laisser passer l’air et le décompacte. C’est indispensable pour les sols argileux. La scarification permet d’enlever le feutre, la mousse. Elle se fait au printemps et en automne.
- Affûtage régulier de la lame : Il faut faire attention à avoir un terrain sans cailloux pour ne pas endommager la lame et la tondeuse. Il faut effectuer un affûtage régulier. Pour un particulier, il faut le faire au moins une à deux fois par an afin que la coupe soit la plus nette possible et afin d’éviter les maladies du gazon.

Encourager la diversité végétale
Il faut réfléchir à faire évoluer les pratiques au niveau de la tonte. Les gazons tels qu’on les a connus, avec que des graminées, sans mauvaises herbes, sont un mode qu’il faut essayer de changer. Un gazon est quelque chose qui a possiblement de la diversité, avec toutes ces fameuses plantes de fleurs spontanées. Dans un gazon, il peut y avoir des trèfles, des medicagos, des véroniques. Est-ce qu’on veut vraiment supprimer toutes ces plantes-là et n’avoir que des graminées ? À mon sens, il est important de dire qu’on peut garder cette diversité. Qui dit diversité, dit vie végétale, dit diversité animale et biodiversité en général.
Autre avantage à moins tondre son jardin : de nouvelles fleurs voient le jour. En laissant les herbes tranquilles, sans intervenir, des espèces naturelles et sauvages, comme des chardons, reviennent. Des fleurs mellifères poussent toutes seules et offrent un nectar précieux pour les abeilles. Si l'on souhaite favoriser la pousse de certaines fleurs ou si l'on est trop impatients pour attendre de les voir venir toutes seules, une méthode naturelle permet d'avoir une belle prairie fleurie. Il est possible de tondre et de planter des mellifères. Puis de remettre les herbes coupées par-dessus en fine couche avant d'arroser. Au début, si le sol est tapissé de graminées avec des plantes parfois moins esthétiques, le mieux est de récupérer les herbes coupées après la tonte pour éviter que les graines se répandent à nouveau.
Créer des sanctuaires de biodiversité
- Préserver ou installer des haies : Véritables sanctuaires pour la vie du jardin, les haies constituées de buissons et d’arbustes permettent aux oiseaux de poser leurs nids dans un calme nécessaire. Ces barrières naturelles sont également très utiles en cas de vents forts et limitent les inondations.
- Les mares et autres plans d’eaux : Avec le réchauffement climatique, nombreuses sont les zones d’eaux calmes à avoir disparu. Elles sont pourtant vitales pour les amphibiens, insectes et oiseaux de nos régions. Accompagnées de plantes filtrantes, ces zones aquatiques sont des atouts majeurs pour la biodiversité, et se passent parfois d’entretiens trop lourds.

Les avantages multiples de laisser pousser sa pelouse
Moins tondre, c'est aussi l'occasion de réaliser des économies ! On utilise moins d'eau pour arroser sa pelouse : en la laissant pousser elle accumule davantage d'humidité. C'est aussi une économie de carburant avec une tondeuse moins utilisée. Et sûrement l'un des gains les plus précieux : C'est une économie de temps également avec la possibilité de s'occuper à la place de son potager ou simplement de faire une sieste à l'ombre d'un arbre…
Loin d'être anodin, s'entourer d'herbes hautes c'est amener un esprit jardin à l'anglaise avec un aspect plus sauvage, poétique et moins lisse. C'est tout un regard, une approche du jardin qui doit évoluer. Notre imaginaire collectif associe encore une prairie avec des fleurs des champs à un espace laissé à l'abandon. Ce n'est pas toujours le cas. Si l'on tond uniquement certaines parties du jardin, on met en valeur les herbes hautes et les zones plus sauvages.
Tonte différenciée : une pelouse naturelle au service de la biodiversité - Truffaut
Décider de laisser la nature faire son travail dans son jardin et de voir des herbes sauvages s'installer c'est une démarche aussi engagée à partager avec les plus petits. S'ils s'amusent à jouer dans ces feuillages, à se cacher ou à faire des cabanes dedans, ils peuvent aussi l'observer et apprendre plein de choses. Dans les herbes hautes, les insectes, les oiseaux, la flore et la faune représentent un univers incroyable pour mieux comprendre le monde.