Le Miscanthus : Une Culture Prometteuse aux Multiples Débouchés

Champ de miscanthus au soleil couchant

Le miscanthus, souvent appelé à tort « roseau de Chine » ou « herbe à éléphant » (qui est en réalité le napier), est une graminée rhizomateuse pérenne de la famille des Poacées, originaire d'Afrique et d'Asie du Sud. L'espèce principalement cultivée pour la production de canne en grandes surfaces est le Miscanthus x giganteus. Cet hybride stérile, résultant d'un croisement entre M. sacchariflorus (tétraploïde) et M. sinensis (diploïde), est triploïde, ce qui explique son caractère non invasif. Ses rhizomes ne sont pas traçants et la croissance latérale de ces derniers est très faible, évitant ainsi un développement hors de la parcelle.

Le miscanthus offre de multiples avantages, tant sur le plan agronomique qu'environnemental. Il contribue activement à la lutte contre les ruissellements, l'érosion des sols et la préservation de la ressource en eau. Sa culture se caractérise par de faibles besoins en intrants, ce qui en fait une option intéressante pour une agriculture plus durable. De plus, sa forte productivité en biomasse ouvre la voie à une large gamme de valorisations.

Caractéristiques Botaniques et Agronomiques

Le Miscanthus x giganteus est une plante de type C4, capable d'atteindre jusqu'à quatre mètres de hauteur à maturité, évoquant visuellement le bambou, le roseau ou la canne à sucre. Chaque pied développe plusieurs tiges et possède un système racinaire très dense et profond. Cette plante impressionne par sa croissance rapide et sa taille imposante. En sortie d'hiver, lorsque les feuilles sont complètement mortes et que seules les tiges épaisses restent dressées, elle rappelle le roseau, bien que beaucoup plus grand.

La plante entre en sénescence à partir d'octobre, période durant laquelle les nutriments présents dans les tiges et les feuilles redescendent dans le rhizome pour assurer la repousse de l'année suivante. Les feuilles de miscanthus tombent durant cette sénescence, formant un mulch au sol qui empêche le développement des adventices et constitue un retour de matière organique au sol. Ce couvert végétal est particulièrement apprécié des insectes, favorisant un bon état de santé de ces populations essentielles pour la biodiversité. La floraison du miscanthus est tardive et visuellement appréciée, sans entraîner d'étalement indésiré grâce à sa stérilité. Dans les conditions climatiques françaises, la sortie du panicule est tardive voire absente, et les très rares graines n'atteignent pas la maturité.

Conditions de Culture et Implantation

L'implantation du miscanthus est un facteur clé pour des rendements satisfaisants, en tenant compte des conditions climatiques. La préparation du terrain est similaire à celle de la pomme de terre, nécessitant un ameublissement d'au moins 15 cm et un décompactage si nécessaire. Un labour d'automne ou d'hiver est conseillé, suivi d'un passage de herse rotative avant la plantation.

Planter des rhizomes de miscanthus

Le miscanthus est planté au printemps (de mars à mai) en enterrant des rhizomes, à une profondeur comprise entre 5 cm et 10 cm. Les machines existantes ne peuvent planter ces rhizomes qu'en sol travaillé. La densité de plantation varie généralement de 18 000 à 20 000 pieds par hectare pour la production de biomasse et la lutte contre l'érosion, sachant que le taux de reprise est d'environ 60 à 80 %. Pour une vocation d'abris pour le gibier, la densité peut être de 16 000 pieds/ha. La qualité des rhizomes est primordiale, avec des critères tels que la taille, le poids, la vitalité (présence de plusieurs yeux par rhizome), la fraîcheur et la qualité de conservation entre l'arrachage et la replantation.

La levée de la plante peut être longue et hétérogène, de trois semaines à trois mois, ce qui peut être une période stressante pour l'agriculteur. Le miscanthus est sensible à la concurrence des adventices la première année, voire la deuxième si l'implantation est difficile. Il est donc préconisé de désherber chimiquement (les désherbants du maïs sont homologués sur miscanthus) ou mécaniquement (faux-semis, herse étrille, houe, bineuse), bien que le désherbage mécanique puisse endommager les rhizomes. Par la suite, grâce au mulch formé par la chute des feuilles, aucun désherbage systématique n'est nécessaire.

Le miscanthus nécessite peu d'entretien une fois établi. Il n'est pas particulièrement exigeant en termes de conditions de sol, s'adaptant aussi bien aux sols sablonneux qu'aux sols plus lourds et argileux. Cependant, il ne supporte pas un sol saturé en eau. Il a également besoin de très peu d'azote et n'est pas sujet aux maladies fongiques ou virales. Hormis le taupin, dont les attaques peuvent être destructrices, et les lapins qui peuvent causer des dégâts les premiers mois, aucun ravageur majeur n'a été identifié. Les apports d'azote sont souvent inutiles et peuvent même favoriser le développement des adventices.

Le miscanthus est une culture pérenne avec un cycle de production s'étalant sur 15 à 25 ans. Il sera productif pendant une vingtaine d'années, avec une récolte annuelle possible dès la troisième année.

Récolte et Stockage

La récolte du miscanthus se fait généralement en sec, en sortie d'hiver ou au début du printemps (de la mi-décembre à fin février, ou plus spécifiquement entre mars et avril), lorsque le taux d'humidité de la paille est inférieur à 17 % (idéalement supérieur à 80-85% de matière sèche). Les premières pousses sont un bon indicateur de récolte. Le miscanthus peut être récolté en vert à l'automne pour la méthanisation, mais la récolte sèche est la plus courante.

L'ensileuse s'enfonce dans l'épaisse végétation, qui par endroits dépasse les quatre mètres de haut, pour broyer la matière en petits morceaux. La récolte s'effectue avec du matériel agricole conventionnel, comme une ensileuse à maïs équipée d'un bec Kemper, ou par fauchage et pressage avec une presse à haute densité. La taille des brins doit être adaptée au conditionnement : courts pour le vrac, et plus longs (100 mm minimum) pour la mise en balles.

Ensileuse récoltant du miscanthus

Le miscanthus est super léger, avec une faible densité d'environ 120 kg/m³ en vrac et jusqu'à 250 kg/m³ en balles haute densité. Cette faible densité limite fortement son transport sur des distances importantes (au-delà de 40 km pour le vrac notamment). Il peut être stocké sans perte sous un hangar ou sous une bâche, sans qu'il soit nécessaire de le sécher.

Débouchés et Valorisations du Miscanthus

Le miscanthus est une matière première prometteuse avec une multitude de débouchés qui se diversifient, même si le marché est encore en développement. Les demandes sociétales et les évolutions agricoles poussent à la diversification, et le miscanthus semble répondre à ces changements en offrant de nombreuses opportunités.

1. Paillage Horticole et Agricole

Le miscanthus est un excellent paillage pour les massifs de fleurs et les cultures horticoles. Sa teneur importante en lignine lui confère une longue durée de vie, et son effet paillant évite les désherbages chimiques. Il est également utilisé pour les stabulations. Des partenariats entre agriculteurs et collectivités se développent pour créer des débouchés locaux, où les communes s'engagent à acheter à long terme du broyat de miscanthus pour le valoriser en paillage horticole, préservant ainsi la qualité de l'eau de leur territoire. Les prix de vente du paillage horticole varient de 25 à 30 €/m³ ou entre 250 et 500 €/t selon le packaging.

2. Litière Animale

La paille de miscanthus est très appréciée comme litière pour les animaux, notamment pour les bovins allaitants, les chevaux et les volailles. Elle est trois fois plus absorbante que les pailles de céréales et résiste mieux à l'écrasement, ce qui lui permet de conserver plus longtemps ses propriétés drainantes. Cela peut entraîner un gain de place et de manutention important dans les élevages. Les prix pour la litière animale se situent entre 140 et 160 €/t rendu ferme, et peuvent atteindre 150 €/t non dépoussiérée et 300 €/t dépoussiérée. Des entreprises comme SAS Bourgogne Pellets et la Société Coopérative de la Haute-Seine se spécialisent dans la production de granulés pour litières.

3. Biomasse Énergie et Chauffage

Le miscanthus est une source d'énergie renouvelable valorisable en énergie. Il peut être utilisé pour la biocombustion, notamment pour alimenter des chaudières biomasse, comme celle de l'abbaye d'Acey qui dessert l'abbaye et une entreprise locale. Le miscanthus récolté en vert peut également être utilisé pour la méthanisation. Le prix pour le chauffage est d'environ 110 à 120 €/t rendu chaufferie, et pour la biocombustion, entre 140 et 160 €/t rendue.

La centrale biomasse ÉS à Strasbourg

4. Matériaux de Construction et Industrie

Des usages plus innovants se profilent pour le miscanthus, comme la fabrication de parpaings ou de matériaux plastiques pour l'automobile. La Forêt d’Othe, une société artisanale, réalise des murs "Chaux Paille" en mélangeant du miscanthus et de la chaux, offrant de bonnes propriétés d'isolation thermique et phonique. Le miscanthus est également considéré comme le meilleur candidat pour remplacer la tourbe dans le secteur du terreau, malgré un décollage encore attendu. Il est aussi utilisé comme absorbant dans l'industrie chimique.

5. Intérêt Environnemental et Agronomique

Au-delà de ses différents débouchés commerciaux, le miscanthus présente un intérêt climatique et environnemental majeur.

  • Lutte contre l'érosion et préservation de l'eau : Le miscanthus est très efficace dans la lutte contre l'érosion des sols et la protection de la ressource en eau. Il réduit le ruissellement grâce à l'amélioration de la structure du sol et à l'augmentation de sa teneur en matière organique, tout en couvrant le sol en permanence. Son système racinaire profond et sa forte absorption d'eau ralentissent les crues, protégeant ainsi le sol.
  • Dépollution des sols : Cette culture a une fonction de dépollution des sols, avec de faibles pertes d'azote par lixiviation, ce qui la rend intéressante dans les zones de captage pour faire face à des problèmes de qualité d'eau.
  • Biodiversité : Le miscanthus constitue un habitat favorable pour une faune diversifiée, y compris la petite faune et les auxiliaires de culture. Cependant, il faut être vigilant aux sangliers qui aiment aussi s'y réfugier.
  • Stockage de carbone : En tant que plante pérenne, le miscanthus favorise la biodiversité et stocke du carbone, s'inscrivant parfaitement dans un système d'Agriculture de Conservation des Sols (ACS).
  • Faibles intrants : La culture du miscanthus nécessite très peu de produits phytosanitaires et de fertilisation, notamment après les deux premières années, ce qui la rend écologique et compatible avec une conduite en "bio" pendant une grande partie de son cycle cultural.

Rentabilité et Accompagnement

La rentabilité du miscanthus varie selon les débouchés, les prix de vente étant fixés en fonction des marchés concurrentiels. Le coût d'implantation est d'environ 3 000 €/ha, avec deux années sans revenu le temps que la plante se développe. Ensuite, le miscanthus est valorisé entre 75 et 200 € la tonne. Le seuil de rentabilité est atteint, pour l'agriculteur, à partir de 90 ou 100 €/t (marge lissée sur quinze ans).

Des entreprises comme Novabiom proposent un accompagnement technique et financier aux agriculteurs intéressés par le miscanthus, avec des contrats d'achat de la production sur plusieurs années. RHIZOSFER offre également des contrats d'achat sur une ou plusieurs années.

Expansion de la Culture en France

Aujourd'hui, près de 11 500 hectares de miscanthus sont cultivés en France métropolitaine, avec une progression de 12 % par an ces dernières années. La grande majorité des exploitations ont implanté de petites surfaces en miscanthus, souvent en lien avec la durée de présence de la culture sur une parcelle (plus de 15 ans). La culture est principalement implantée au nord-ouest de la Loire (Pays de Loire, Normandie, Centre-Val de Loire et Hauts-de-France). La Somme, avec 342 hectares, fait partie des départements les plus importants. Certains agriculteurs se sont spécialisés dans cette culture, tandis que d'autres l'intègrent dans des systèmes de polyculture pour diversifier leurs productions et répondre aux évolutions agricoles.

Comparaison avec le Switchgrass

En parallèle de la culture du miscanthus, celle du Switchgrass ou Panic érigé (Panicum virgatum) s'est également développée. C'est aussi une graminée pérenne, mais qui s'installe par semis pour une durée de 10 à 15 ans. Son implantation demande un important travail du sol au préalable et un choix judicieux de la date de semis printanier. Le Switchgrass mesure plus d'un mètre à maturité, contre plus de deux mètres pour le miscanthus. C'est une plante rustique avec un système racinaire très profond (de 3 à 5 mètres) qui demande peu d'entretien, bien qu'un apport annuel d'azote et de potassium-phosphore soit nécessaire pour des objectifs de hauts rendements.

Destruction du Miscanthus

La destruction du miscanthus ne pose pas de problème, même dans un système ACS. Des essais ont montré que le broyage mécanique à la mi-juin entraîne un épuisement du rhizome. Une autre méthode consiste en un désherbage chimique avec destruction de la biomasse aérienne durant la deuxième quinzaine d'août, empêchant le rhizome de reconstituer ses réserves. Des céréales semées derrière une culture de miscanthus ainsi détruite n'ont pas montré de différences de rendement par rapport à une céréale semée de façon conventionnelle, avec peu ou pas de repousses.

Le miscanthus représente une opportunité à saisir pour les agriculteurs, alliant avantages environnementaux, agronomiques et économiques, avec des débouchés variés et en pleine expansion.

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