La Fusariose des Épis : Un Défi Majeur pour la Production Céréalière et la Qualité des Grains

La fusariose des épis représente une menace significative pour les cultures de céréales à paille, notamment le blé et l'orge, en Amérique du Nord et en France. Cette maladie est principalement causée par différentes espèces de Fusarium, avec Fusarium graminearum se distinguant comme l'espèce la plus agressive. Elle peut affecter toutes les parties de la plante et un large éventail d'hôtes, incluant les céréales (blé, orge, avoine, seigle), le maïs et les graminées fourragères. L'impact de la fusariose des épis est multiple, se traduisant par des pertes de rendement dues à la stérilité des fleurs, une baisse de la qualité des grains, une réduction du prix de vente des grains fusariés et déclassés. Le risque le plus préoccupant réside dans la production de mycotoxines, notamment le déoxynivalénol (DON), communément appelé vomitoxine, qui rend les grains impropres à la consommation humaine et animale. En France, des études récentes ont identifié dix-sept espèces de Fusarium et deux espèces de Microdochium sur des grains de blé, soulignant la complexité parasitaire de cette maladie, qui varie d'une année à l'autre. Ces dernières années, Fusarium graminearum et Microdochium nivale dominent, le premier étant responsable de la production de DON, tandis que le second, bien que non toxinogène, peut avoir un impact considérable sur le rendement.

Symptômes de la fusariose des épis sur blé

Les Mycotoxines : Un Enjeu Sanitaire et Économique

Parmi les pathogènes causant la fusariose des épis, seuls les Fusarium sont producteurs de mycotoxines. Il existe une vingtaine de ces mycotoxines, avec un risque d'exposition élevé pour l'homme et l'animal. Le DON est la plus abondante sur céréales et est fortement corrélée à la présence de Fusarium graminearum dans les grains. Un règlement européen établit des teneurs maximales à ne pas dépasser, au-delà desquelles les lots sont déclassés : 1 250 µg/kg pour le blé tendre et 1 750 µg/kg pour le blé dur. Les toxines T2 et HT2 sont également fréquemment détectées, en particulier sur les épis d'orges de printemps et sur avoine. Celles-ci sont produites par d'autres espèces de Fusarium que graminearum. Des mycotoxines dites « émergentes » sont également surveillées par l'EFSA et Arvalis en raison de leur présence régulière dans les échantillons de céréales à paille. La surveillance de ces populations de pathogènes avec des outils d'analyse performants est essentielle pour caractériser finement les espèces et anticiper les évolutions des Fusarium, ainsi que le risque toxinogène associé à chaque espèce, comme le souligne Romain Valade.

Grains de blé affectés par la fusariose et mycotoxines

Cycles de Vie et Conditions Favorables au Développement des Fusarioses

Fusarium graminearum survit dans le sol, les débris végétaux, les grains infectés, les mauvaises herbes et plantes indigènes sous la forme de périthèces et de sporodochies. Lorsque les conditions sont chaudes et humides, les périthèces libèrent des ascospores qui sont transportées par le vent et les éclaboussures d'eau sur les fleurs, les glumes et les épis. Les infections et la colonisation des épis de blé sont fréquentes et sérieuses lors de l'anthèse (floraison). Les anthères et le pollen servent de nourriture au champignon. Les épillets blanchis apparaissent 3 à 5 jours après l'infection lorsque la température est chaude (25 à 32 °C) et humide.

Les symptômes caractéristiques de la fusariose de l'épi incluent le dessèchement prématuré d'un ou plusieurs épillets par épi. Les épillets infectés sont stériles, avec parfois la présence de périthèces, d'un mycélium blanc à orange à rose et de sporodochies (coussinets de spores asexuées) orange. Les grains sont souvent ratatinés ou momifiés, légers et blanchâtres à rose. Les grains de blé de printemps peuvent également présenter une coloration grisâtre (décolorée) ou rosée, cette dernière étant due à la présence du mycélium et des spores du champignon. Les grains gris semblent déshydratés. Sur les épis verts, on observe des épillets décolorés, parfois avec une coloration orange sur ces épillets. Une légère dépression, sous le champignon, peut laisser entrevoir un début de pourriture, souvent situé dans la zone du germe du grain.

Concernant les espèces de Microdochium, les facteurs agronomiques (précédent cultural, travail du sol, etc.) ne semblent pas avoir d'influence significative sur leur développement. Seules les conditions météorologiques autour de la floraison, telles que les pluies et le maintien d'une forte hygrométrie, sont déterminantes pour le risque. Il n'existe donc pas de grille de risque spécifique pour Microdochium. Cette année, les cumuls de pluies importants annoncés, ainsi que le rafraîchissement des températures, pourraient favoriser le développement des Microdochium spp.

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Stratégies de Lutte Contre la Fusariose des Épis

Pour lutter efficacement contre la fusariose de l'épi, il est crucial d'adopter une approche intégrée combinant plusieurs leviers agronomiques et phytosanitaires.

1. Choix Variétal et Résistance

Le choix de variétés de blé tendre peu sensibles à la fusariose doit être privilégié dans les situations agronomiques à risque, c'est-à-dire derrière un maïs ou un sorgho dont les résidus ne sont pas enfouis. Il est recommandé d'éviter autant que possible ces situations à risque. Le classement des variétés de blé tendre, blé dur et triticale vis-à-vis de l'accumulation de mycotoxines DON dans les grains est mis à jour régulièrement. Aujourd'hui, aucune variété de céréales d'hiver n'est totalement résistante à Fusarium graminearum, bien que le nombre de variétés peu sensibles augmente, il reste limité.

Les sélectionneurs parviennent à obtenir des variétés de blé avec un certain niveau de tolérance à la fusariose, bien que cela soit plus difficile qu'avec d'autres maladies. La diversité des espèces causant la fusariose et la difficulté à caractériser les variétés au cours de la sélection sur des maladies touchant les épis (phénotypage) rendent la tâche ardue. Malgré tout, l'effort de sélection en France a permis une élévation du niveau de résistance à la fusariose causée par Fusarium graminearum. Depuis 2008, une baisse significative des variétés sensibles au profit de variétés intermédiaires et résistantes est enregistrée, comme le souligne Romain Valade. Les notes de tolérance peuvent atteindre 6,5-7 (sur une échelle de 2 à 9), et cette résistance est quantitative, garantissant une plus grande durabilité dans le temps. Cependant, le nombre de variétés peu sensibles reste assez limité en blé tendre et encore plus rare en blé dur, qui pâtit d'un renouvellement variétal peu dynamique ces dernières années. Concernant Microdochium, la recherche de la tolérance variétale ne fait pas partie des priorités de la sélection.

2. Protection Fongicide des Épis

Pour le blé dur, la protection des épis est importante dans toutes les situations pour lutter contre les fusarioses, responsables de l'accumulation des mycotoxines DON (Fusarium graminearum), mais également des fusarioses responsables de perte de grain, de poids de mille grains et de l'augmentation du risque moucheture (avec Microdochium spp.). La seule molécule efficace pour lutter contre ces deux champignons est le prothioconazole (présent dans Prosaro, Kestrel, Joao, Elatus Era). Il convient donc de réserver cette molécule pour la protection des épis et ne pas l'appliquer avant dans le cycle de la culture.

Le traitement de protection de l'épi est à positionner autant que possible en tout début de floraison : à la sortie des premières étamines au milieu de l'épi. Il est utile de repérer les zones les plus précoces de la parcelle, car les étamines apparaissent souvent dans les passages de roues un ou deux jours plus tôt. Dès qu'elles sont visibles dans les passages, le traitement peut être programmé dans les 2 à 4 jours suivants, dès que les conditions climatiques sont favorables à sa réalisation.

Bien positionné, le traitement contre les fusarioses a une efficacité maximale de 50 à 60 %. Si le positionnement est décalé, l'efficacité décroît très fortement. Il est important de noter que si un traitement de protection du feuillage a été réalisé avant l'épiaison, même récent, il n'a pas d'efficacité sur la protection de l'épi. De plus, il est crucial d'appliquer ce fongicide avec un volume d'eau suffisant : un minimum de 150 l/ha, et si possible plutôt 180 l/ha, pour assurer une bonne couverture de l'épi. À un volume plus faible, l'efficacité est altérée.

Sur blé dur, le traitement de protection de l'épi en début de floraison est indispensable pour garantir le rendement, la qualité technologique et sanitaire. Il est normalement déjà prévu dans le programme de traitement. La campagne 2025/2026 ne se prête pas à tenter une impasse ! Sur triticale, la gestion du risque fusariose se raisonne de la même manière que sur le blé.

3. Pratiques Agronomiques et Grilles de Risque

L'accumulation de déoxynivalénol (DON) dans les grains de céréales à paille résulte d'une combinaison de plusieurs facteurs de risque. Avec le travail du sol et la rotation, la sensibilité variétale constitue un facteur important de présence du risque de mycotoxines.

Une grille de risques DON (déoxynivalénol) est mise à disposition par Arvalis. Elle tient compte des successions culturales, du type de travail du sol et de gestion des résidus de culture, ainsi que de la tolérance variétale. La présence sur le sol de résidus est déterminante aussi bien pour les Fusarium que Microdochium, ces parasites étant capables d'y survivre comme saprophyte. Un moyen très efficace de diminuer le risque DON lié à Fusarium graminearum tout en recourant à des variétés tolérantes est d'éviter les situations succédant à des maïs ou céréales sans labour laissant des résidus en surface.

En revanche, les infestations de Microdochium semblent peu impactées par les pratiques agronomiques. Elles sont très dépendantes des conditions climatiques au moment de la floraison, la pluie favorisant les contaminations. Une grille de risques n'existe pas concernant Microdochium.

Schéma des pratiques agronomiques pour réduire la fusariose

4. Évolution de l'Efficacité des Fongicides et Nouvelles Solutions

Les molécules les plus efficaces pour lutter contre la fusariose des épis sont les triazoles, en particulier le prothioconazole, suivi du tébuconazole et du metconazole. Cependant, leur efficacité a décliné au fil des ans. Arvalis a enregistré une baisse de 2 points par an depuis 2004, pour arriver à une efficacité proche de 30 % actuellement. Des résistances n'ont pas été clairement détectées chez les Fusarium ; on préfère parler de dérive de sensibilité pour expliquer les baisses d'efficacités des triazoles. En revanche, il existe bien des souches de Microdochium résistantes aux strobilurines et au thiophanate-méthyl. La note commune de l'Inrae, Anses et Arvalis sur les résistances aux fongicides souligne une activité variable de molécules comme le prothioconazole sur Fusarium et Microdochium.

Face à cette diminution d'efficacité, de nouvelles solutions sont en développement. Le projet Adepidyn de Syngenta apporte une lueur d'espoir. L'efficacité de l'association de pydiflumetofen (nouvelle SDHI) et de prothioconazole se situe à 71 % à pleine dose (2,65 l/ha), un niveau de performance qui n'avait pas été atteint par un fongicide depuis des années sur les fusarioses.

Comparaison d'efficacité des fongicides contre la fusariose

Points Clés à Retenir pour une Gestion Optimale du Risque

La pluviométrie autour de la floraison est le premier facteur de risque de développement de fusarioses, avec des impacts possibles sur le rendement, la qualité technologique (poids spécifique, moucheture, qualité boulangère) et la qualité sanitaire en cas de développement de F. graminearum producteur de mycotoxines DON.

Toutes les parcelles de blé tendre avec précédent maïs sans labour, ainsi que les variétés moyennement sensibles avec précédent maïs après labour (situation fréquente dans certaines régions), sont à protéger face au risque d'accumulation de DON (se référer à la grille de risque). Il faut être attentif aux rares variétés sensibles, qui peuvent présenter un risque même avec un précédent autre que maïs. Tous les blés durs doivent également être protégés.

La période pluvieuse qui pourrait s'étaler sur plus d'une semaine, avec des cumuls importants et des températures fraîches, pourrait favoriser les Microdochium spp., affectant un panel de parcelles plus large que F. graminearum, même sans risque sur la qualité sanitaire. De nombreuses parcelles pour lesquelles la grille de risque DON ne recommande pas de traitement contre F. graminearum sont tout de même à risque élevé pour Microdochium. Une protection des épis est donc à privilégier sur les parcelles recevant d'importants cumuls de pluie autour de la floraison, particulièrement sur celles à bon potentiel, afin de préserver le potentiel de rendement mais aussi la qualité technologique (PS, qualité boulangère, etc.).

Pour lutter contre la fusariose de l'épi, il est recommandé d'utiliser des semences traitées avec des fongicides, des cultivars peu sensibles à la fusariose de l'épi, d'assurer une fertilisation équilibrée, de favoriser la rotation des cultures avec des plants non hôtes comme le soya, d'employer un système de production permettant l'enfouissement des résidus de cultures et de récolter à maturité. Il est également conseillé d'éviter de cultiver le blé et le maïs à proximité l'un de l'autre, de sécher rapidement les grains humides et de leur assurer une bonne ventilation. Ces mesures contribuent à une gestion préventive et curative efficace de cette maladie complexe et impactante pour la filière céréalière.

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