Guide complet pour fabriquer et utiliser des oyas : l'art de l'irrigation ancestrale

L'arrosage d'un jardin, qu'il soit potager ou pas, est un geste qui pose toujours question au jardinier. Face à des périodes de sécheresse de plus en plus longues et intenses, les jardiniers doivent ruser pour arroser leur jardin. Parmi les solutions existantes, la technique des Oyas, ou ollas, s'impose comme une réponse efficace. Ces pots en terre cuite micro-poreux à enterrer au pied de vos plantes permettent une irrigation parfaitement adaptée à votre végétation tout en respectant leur bien-être.

Schéma illustrant le fonctionnement par capillarité d'une oya enterrée au pied d'une plante

Qu'est-ce qu'une oya et comment fonctionne-t-elle ?

Un oya, ou olla, est un système d’arrosage utilisé depuis l’Antiquité. On en trouve des traces en Chine il y a 4 000 ans, au Moyen-Orient, en Amérique latine (Incas) et aussi par les Romains. Il s’agit de récipients en terre cuite non vernissée destinés à être enterrés. Une fois remplie d’eau, comme la terre cuite est poreuse, l’oya laisse lentement perler l’eau à sa surface lorsque la terre est sèche, du fait de la pression exercée sur la jarre, pression qui fait comme une succion de l’eau qui y est enfermée.

Contrairement à un arrosage du type goutte-à-goutte, l’eau est diffusée en profondeur dans le sol et le système racinaire des plantes va alors lui aussi se développer en profondeur plutôt qu’en surface, rendant vos plants plus aptes à faire face à un apport d’eau réduit en cas de canicule. L'eau profite aux racines des plantes lorsqu’elles en ont besoin et celles-ci, jamais en manque, ne subissent pas de stress et se développent pleinement.

Les avantages écologiques et économiques

Avoir des oyas au jardin vous permet de réaliser des économies conséquentes en arrosage. On estime qu’avec une oya on a besoin de 50 à 70% d’eau en moins par rapport à un arrosage classique, car elle limite fortement les pertes liées à l’évaporation ou au ruissellement.

Le jardinier a moins de travail puisque l’arrosage est assuré par les oyas. Le travail de désherbage est également réduit car les adventices se développent moins dans une zone irriguée par des oyas. En effet, la surface du sol reste sèche, donc les graines ont plus de mal à germer. De plus, là où le sol n’est pas irrigué du tout, elles prospèrent moins. Une fois que vous l’aurez rempli d’eau, vous pouvez vous absenter plusieurs jours sans avoir à demander de l’aide pour arroser votre jardin.

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La fabrication maison : une alternative économique

Si vous les achetez, vous devrez réaliser un investissement important, ce d’autant plus si votre potager est grand. Il existe des modèles artisanaux ou fabriqués en série, en argile ou en céramique microporeuse, de tailles et formes très variables. Vous pourrez rapidement dépenser des centaines d’euros si vous les achetez dans le commerce. La solution : les faire soi-même.

Vous pouvez utiliser des pots de fleurs en terre cuite, faciles à trouver chez vous, chez d’autres jardiniers amateurs ou en ressourcerie. Le principe de base est d’utiliser un matériau suffisamment perméable. S’il ne l’est pas assez, la plante cultivée à proximité ne pourra pas satisfaire pleinement ses besoins en eau.

Méthode 1 : Le pot unique avec bouchon

C'est la méthode la plus simple. Utilisez un pot de fleurs en terre cuite et une soucoupe.

  1. Boucher le trou : Bouchez le trou situé au fond du pot à l’aide d’un bouchon en liège ; les bouchons de bouteille de bière sont les plus adaptés. Bouchez-le de l’intérieur et laissez le bouchon ressortir de 1 cm à l’extérieur du pot. Si le bouchon est trop gros, vous pouvez le tailler à l’aide d’un cutter ou d’un couteau.
  2. Tester l'étanchéité : Testez l’étanchéité de votre oya en laissant de l’eau pendant une nuit à l’intérieur. Le bouchon en liège va ainsi gonfler et étanchéifier votre pot. Votre oya ne doit plus fuir le lendemain.
  3. Finition : Recouvrez le haut du pot avec la soucoupe pour éviter l'évaporation et empêcher les insectes ou débris de tomber à l'intérieur.

Méthode 2 : Le système à deux pots collés

Pour une plus grande réserve, vous pouvez coller deux pots de même diamètre ensemble.

  1. Préparation : Utilisez deux pots de même diamètre. Bouchez le trou de l’un d’eux avec un bouchon en liège.
  2. Assemblage : Collez les deux pots ensemble avec de la colle à céramique, du mastic ou du silicone adapté aux matériaux poreux.
  3. Vérification : Une fois la colle sèche, remplissez le pot d’eau pour vérifier l’absence de fuites au niveau du joint. Le joint extérieur doit être bien lissé pour empêcher l’eau de s’échapper trop rapidement.

Installation et emplacement au jardin

Pour installer votre oya, creusez un trou dans la terre pour le recouvrir jusqu’au col. Un ameublissement de la terre tout autour de l’oya est conseillé pour permettre une infiltration plus aisée de l’eau. Pour un résultat optimum, creusez un trou de 3 fois la largeur de l’oya et de 2 fois sa hauteur. Remplissez avec une partie de la terre ôtée mélangée à du compost, puis placez l’oya de façon à ce qu’elle puisse facilement être remplie.

Schéma montrant l'espacement idéal des oyas entre les rangs de légumes

Un oya irrigue une surface d’environ 1,5 fois sa taille. Ainsi, un oya de 20 cm diffusera de l’eau pour les plantes situées à 30 cm d’elles environ.

  • Espacement : Pour les cultures rampantes, les oyas pourront être assez espacés (jusqu'à 4 m). Pour les plantes grimpantes ou verticales, les oyas devront être plus rapprochés, de 50 cm à 1,50 m.
  • Quantité : On considère qu’une oya de 10 L irrigue à peu près 1 m² de terre. Par exemple, placez 1 oya de 2,5 L pour 4 pieds de tomates ou pour 4 pieds de courgettes.
  • Protection : Une fois que vos oyas, ainsi que vos plants, sont en terre, recouvrez généreusement d’une couche de paillis, qui diminuera encore l’évaporation de l’eau.

Entretien et pérennité

Bien que la terre cuite soit une solution durable, elle nécessite quelques précautions :

  • Le gel : Dans les climats à hivers froids, les oyas doivent être ôtées de terre pour ne pas se briser sous l’action de l’eau qui gèle et se dilate.
  • Le calcaire : Utilisez l’eau de pluie plus que l’eau du réseau, car le calcaire va boucher peu à peu les pores de l’oya. Si vous utilisez de l’eau calcaire, faites tremper l’oya une fois par an dans du vinaigre blanc.
  • Nettoyage : Un nettoyage au jet d’eau une fois par an est recommandé pour maintenir la porosité.
  • Remplissage : Pour un rendement optimal, remplissez l'oya régulièrement, idéalement au plus tard lorsqu’elle s’est vidée à moitié. Versez les fertilisants directement dans l’oya, ils seront eux aussi mieux utilisés par les végétaux auxquels ils sont destinés.

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