Le Sceau de Salomon, ou Polygonatum de son nom scientifique, est une plante vivace rhizomateuse qui a traversé les âges, se frayant un chemin depuis les sous-bois sauvages jusqu'aux jardins anciens et contemporains. Souvent désignée comme une "belle d'autrefois", cette plante, bien qu'un peu oubliée par l'avalanche de nouvelles introductions de vivaces sur le marché, mérite amplement d'être redécouverte pour son élégance discrète et sa résilience.

Origines et Étymologie : Un Héritage Royal et Nodal
Le nom commun de "Sceau de Salomon" tire son origine d'une caractéristique frappante de ses rhizomes rampants et charnus : des marques brunes et rondes, semblables à des "étampes", qui rappellent un sceau pressé. La légende veut que ces marques portent le sceau du roi Salomon lui-même. Parallèlement, le nom scientifique Polygonatum provient du grec ancien et signifie "à plusieurs genoux", faisant référence à l'aspect noueux et segmenté de ses rhizomes. Ces formations souterraines, véritables réservoirs d'énergie, permettent à la plante de persister et de se propager.
À l'origine, plusieurs espèces de Sceaux de Salomon étaient utilisées comme plantes médicinales dans leurs pays d'origine, un usage qui a d'ailleurs persisté jusqu'à aujourd'hui. Nos ancêtres ont dû également trouver ces plantes très jolies, car on les retrouve très souvent dans les plates-bandes de fleurs autour des vieilles demeures, témoignant de leur valeur esthétique et pratique à travers les générations.
Description Botanique : Port Gracieux et Discrétion Florale
Le genre Polygonatum appartient à la famille des Asparagacées et compte environ 70 espèces. Les variétés les plus courantes partagent une physionomie distinctive et reconnaissable. Le Sceau de Salomon se rencontre dans les sous-bois assez lumineux jusqu’à l’étage subalpin. Ses tiges, initialement dressées à la base, s'arquent gracieusement pour continuer leur croissance à l'horizontale, créant un effet des plus orientaux. Ces tiges anguleuses sont parées de feuilles alternes, luisantes et bien vertes, s'étalant de part et d'autre comme une échelle. Ce port et ce feuillage sont d'ailleurs les principaux atouts ornementaux de la plante, particulièrement charmants à l'automne, lorsque l'ensemble de la plante se pare d'une teinte jaune or.

Les fleurs, bien que discrètes, ajoutent à l'attrait de la plante. Elles sont généralement en forme de cloche allongée, de couleur blanc crème à pointe verte, et sont suspendues sous les tiges, ce qui les cache partiellement de vue. Portées séparément ou par groupes de deux ou plus, elles peuvent évoquer celles du muguet. La floraison, qui s'étend généralement entre avril et juin, laisse ensuite place à de beaux fruits sphériques qui décorent la plante. Ces baies sont d'abord rouges ou noires bleutées et deviennent éventuellement pourpre foncé, persistant même après que le gel ait eu raison des feuilles.
Il est impératif de noter que toutes les parties du Sceau de Salomon sont légèrement toxiques en cas d'ingestion. Cependant, les rhizomes et les tiges de plusieurs espèces sont comestibles après cuisson, témoignant de la dualité de cette plante entre beauté ornementale et utilité historique.
Diversité des Espèces et Cultivars : Un Monde de Polygonatums
La richesse du genre Polygonatum se manifeste à travers une multitude d'espèces et de cultivars, chacun offrant ses propres nuances en termes de taille, de port, de couleur de fleurs ou de feuillage. Bien qu'il puisse être difficile de trouver des étiquettes portant le nom exact en jardinerie, plusieurs variétés sont particulièrement populaires et méritent d'être explorées.
Sceau de Salomon à Deux Fleurs (Polygonatum biflorum)
Le Sceau de Salomon à deux fleurs (Polygonatum biflorum) est une espèce d'origine nord-américaine, que l'on retrouve notamment au Québec. Typiquement, cette plante de petite taille est dotée de feuilles vertes et mesure entre 45 et 90 cm de hauteur. Cependant, des révisions taxonomiques récentes ont conduit à l'inclusion d'autres Sceaux de Salomon plus grands sous ce nom, comme le grand sceau de Salomon, désormais P. biflorum giganteum (anciennement P. commutatum), qui peut atteindre jusqu'à 2 m de hauteur. Comme son nom l'indique, les fleurs jaune verdâtre sont parfois groupées par deux aux aisselles des feuilles, bien que ce ne soit pas toujours le cas : on peut aussi en trouver trois ou quatre par aisselle.
Sceau de Salomon Hybride (Polygonatum × hybridum)
Le Sceau de Salomon hybride (P. × hybridum) est un hybride naturel entre P. multiflorum et P. odoratum, originaire d'Europe. Cette variété de hauteur moyenne (90 à 120 cm) est probablement le Sceau de Salomon le plus cultivé, même s'il est rarement vendu sous son vrai nom. La plupart des variétés à feuilles vertes commercialisées sous les appellations P. multiflorum et P. commutatum appartiendraient en réalité à cette espèce. Le cultivar 'Weihenstephan' est particulièrement florifère.
Sceau de Salomon Odorant (Polygonatum odoratum)
Le Sceau de Salomon odorant (P. odoratum) est une espèce qui se distingue par ses fleurs blanches à extrémité verte, individuelles ou groupées par deux à quatre, qui sont parfumées, surtout le soir. Si un Sceau de Salomon n'est pas parfumé, il ne s'agit pas de P. odoratum, quelle que soit l'étiquette. Un autre trait distinctif est que ses tiges sont angulaires plutôt que tubulaires. Largement distribué en Eurasie dans la nature, il atteint de 60 à 100 cm de hauteur. Cette espèce est particulièrement adaptée aux jardins de sous-bois et est parfois proposée par les pépinières spécialisées.
Sceau de Salomon Pubescent (Polygonatum pubescens)
Le Sceau de Salomon pubescent (P. pubescens) est l'espèce la plus courante dans la nature au Québec. Les jardiniers québécois pourraient privilégier cette espèce indigène, bien qu'elle soit rarement offerte dans le commerce. Son aire de répartition est strictement limitée à l'est du continent américain, contrairement à P. biflorum, qui couvre également le centre de l'Amérique du Nord. Son feuillage, dont le revers est légèrement velu, permet une identification facile. Ses fleurs sont vertes ou jaune verdâtre et ses baies sont bleu-noir. Sa taille varie de 30 à 90 cm en hauteur pour 45 cm d'étalement.
Sceaux de Salomon à Feuillage Panaché : Des Touches Lumineuses
Plusieurs espèces de Sceaux de Salomon ont donné naissance à des cultivars au feuillage panaché, ajoutant une dimension supplémentaire à leur attrait ornemental. Deux variétés sont particulièrement courantes et souvent confondues sur le marché :
- Polygonatum odoratum 'Variegatum' : Ses feuilles sont bordées de marges blanches, et la plante atteint 45 à 60 cm de hauteur. Élu "vivace de l'année" en 2013 par la Perennial Plant Association, sa popularité a été grandement stimulée.
- Polygonatum × hybridum 'Striatum' (P. × hybridum 'Variegatum') : De taille similaire, cette variété présente des feuilles à la fois bordées et striées de blanc, offrant un motif plus complexe et saisissant.
Il existe également d'autres cultivars à feuillage panaché plus récents et encore plus saisissants, tels que P. × hybridum 'Grace Barker' et P. odoratum plurifolium 'Double Stuff', qui élargissent la palette des choix pour les amateurs.
Sceau de Salomon Nain (Polygonatum humile) : Un Couvre-Sol Idéal
Le Sceau de Salomon nain (P. humile) est une option charmante pour un couvre-sol, ne mesurant que 12 à 23 cm de haut et présentant un port parfaitement dressé. Il se distingue par ses feuilles joliment nervurées de part et d'autre de sa courte tige et une ou deux fleurs pendantes aux aisselles supérieures, de couleur blanc crème à extrémité verte. Ses fruits sont bleu-noir. Cette espèce forme un tapis dense et mérite une plus grande popularité en tant que couvre-sol efficace et esthétique.
Sceau de Salomon Verticillé (Polygonatum verticillatum) : Une Silhouhette Unique
Parmi les grands Sceaux de Salomon, le Sceau de Salomon verticillé (P. verticillatum) se démarque par ses tiges dressées et ses longues feuilles étroites, presque des aiguilles, disposées tout autour de la tige par groupes de 4 à 8. Son apparence peut évoquer une prêle (Equisetum) anormalement aérée et décorée de petites fleurs. Cette espèce forme, avec le temps, des touffes denses et n'est nullement envahissante. Ses petites fleurs blanches à extrémité verte, assez insignifiantes, apparaissent par groupes de 3 à 8 et se transforment en fruits rouges au début, puis pourpre foncé. Certains clones sont petits (30 cm), d'autres très grands (150 cm). Le Sceau de Salomon de Sibérie (P. sibiricum) est très similaire mais plus rustique, adapté aux zones de rusticité 3 à 8.
Culture et Entretien : S'épanouir dans l'Ombre
Le Sceau de Salomon est avant tout une plante d'ombre, se plaisant dans des situations si sombres que presque rien d'autre ne peut y pousser. Il peut même tolérer la concurrence des racines d'arbres, bien que cela puisse ralentir sa croissance déjà très lente. Cela ne signifie pas qu'il ne peut pas pousser au soleil, mais il risque alors d'avoir un feuillage un peu délavé, surtout si le sol est sec en plus. Les Sceaux de Salomon composent bien avec les conditions difficiles et sont tout à fait adaptés pour un jardin semi-ombragé que l’on veut transformer en un petit coin de paradis.
Exposition et Sol
Choisissez un emplacement légèrement ensoleillé dans le Nord de la France ou à la mi-ombre, voire à l'ombre dense dans les régions les plus chaudes. Le sol devra être acide, drainé et riche en humus. Cette plante est habituée à composer avec des "situations difficiles", par exemple, des sols très lourds ou remplis de racines d'arbres. Pour cette raison, il n'est pas nécessaire de la dorloter avec un sol riche et meuble : tout sol conviendra. De même, dans la nature, cette plante de sous-bois compose très bien avec la litière forestière (feuilles d'automne en décomposition) comme seule source d'engrais. Si vous la naturalisez dans un sous-bois, vous n'aurez donc aucune fertilisation à faire. Les sceaux de Salomon verts mettront en valeur les hostas panachés et dorés (Hosta spp.) avec lesquels ils composent des massifs harmonieux.
Plantation et Arrosage
Plantez les plantes conditionnées en godets au printemps ou à l'automne. Le feuillage jaunira naturellement en automne, ce qui ne doit pas vous inquiéter. Le Sceau de Salomon préfère un sol moyennement humide, bien que tolérant à la sécheresse comme aux inondations. Si vous le plantez sous des arbres à racines superficielles, où la sécheresse estivale sera son lot, creusez un trou de plantation de trois fois le diamètre de la motte de racines et tapissez-le de 7 à 10 feuilles de papier journal. Le papier agira comme une barrière temporaire contre les racines d'arbre, donnant ainsi à la plante la chance de s'établir avant que les racines reviennent. Arrosez votre Sceau de Salomon abondamment les deux premiers étés pour vous assurer qu'il s'installe bien. Ensuite, veillez à ce que le sol reste frais, riche en matières organiques et bien drainé. Un sol au pH légèrement acide est idéal.
Fertilisation
Comme le Sceau de Salomon aime pousser en abondance dans la matière organique, ajoutez un peu de compost dans le sol de votre jardin lors de la première plantation. Ensuite, continuez à ajouter un engrais organique ou du compost chaque année au début de la saison de croissance, surtout si vous n'avez pas un sol naturellement fertile. Griffez un peu de corne broyée au pied de la plante chaque printemps afin de lui assurer une bonne croissance.
Croissance et Maîtrise de l'Expansion
Le Sceau de Salomon est à son plus beau lorsqu'on lui permet de former une grosse touffe large, mais sa croissance est aussi très, très lente. Cette croissance très lente ne veut pas dire que le Sceau de Salomon n'est pas envahissant. Bien au contraire, une fois établie, la touffe grossira peu à peu, mais inexorablement, occupant peut-être avec le temps plus d'espace que vous auriez voulu. Pour contrer cet effet "bulldozer", vous pouvez soit planter le Sceau de Salomon à l'intérieur d'une barrière définie dans le sol (un seau dont le fond a été enlevé, par exemple) pour contrôler son élan, soit découper et déplacer les sections vagabondes. Les Sceaux de Salomon sont particulièrement intéressants quand on les laisse former un massif dense, mais il est conseillé, une fois qu'elles sont bien établies, de diviser les touffes à intervalles de quelques années (au printemps) pour contrôler leur expansion. Une fois établi, le Sceau de Salomon offre une profusion de rhizomes qu'on peut découper et déplacer au printemps ou à l'automne. La division des rhizomes se pratique lorsque la croissance de la plante reprend au printemps. Il faut faire attention à ce moment-là de ne pas abîmer les jeunes pousses qui sont très fragiles et se brisent au moindre choc. Le semis s'effectue en automne dès la maturité des graines, sous châssis froid.
Santé de la Plante et Gestion des Ravageurs
Le Sceau de Salomon est réputé pour être très résistant aux insectes et aux maladies, ainsi qu'aux cerfs et aux lapins. Cette plante pérenne est très résistante et facile à entretenir. Parfois, les limaces percent quelques trous dans les premières feuilles au printemps, mais rien de très grave. Cependant, les gastéropodes sont friands des jeunes pousses, il est donc recommandé d'entourer les pieds d'aiguilles de pin qui, en plus d'être de pH acide, bloqueront la progression des escargots et autres limaces.
Par contre, le criocère du lis (Lilioceris lilii), un insecte orange vif qui dévaste normalement les lis (Lilium spp.), semble attiré par certains clones de P. biflorum. Généralement, les dommages sont mineurs, car l'insecte ne parvient pas à se multiplier sur cet hôte, qui semble être légèrement toxique pour lui. Si des criocères s'installent sur votre Sceau de Salomon, essayez des vaporisations à l'huile de neem, qui est à la fois un insecticide et un répulsif.
Les Sceaux de Salomon sont très peu sensibles aux parasites et aux phytopathologies. Si l'environnement est extrêmement humide, une maladie fongique peut se manifester par une décoloration du feuillage. Assurer alors une bonne circulation de l'air autour de la plante est une bonne méthode de prévention. Cependant, les limaces et les escargots peuvent également devenir une réelle menace. Faites attention aux trous dans les feuilles et les tiges pour prendre assez vite les mesures nécessaires.
Statuts de Protection et Réglementation
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